Le langage du corps : nos sensations

Notre corps possède son propre langage. Il ne s’exprime pas avec des mots, mais avec des sensations : une tension dans les épaules, un nœud dans le ventre, une lourdeur dans la poitrine, un frisson, une chaleur, une sensation d’ouverture…

Nous ressentons ces sensations quotidiennement, parfois sans même y prêter attention. Pourtant, elles sont généralement porteuses d’informations précieuses.

À sa manière, le corps nous dit : « Il y a quelque chose d’important ici. Prends un instant pour regarder. »

Malheureusement, nous n’avons pas appris à écouter ce langage. Personne ne nous a montré comment accueillir une sensation corporelle, comment rester en contact avec elle ou comment s’intéresser à ce qu’elle pourrait nous apprendre.

Au contraire, beaucoup d’entre nous ont appris à passer outre : continuer malgré les tensions ou faire comme si ce qui était ressenti n’avait pas d’importance. Progressivement, nous nous sommes habitués à moins écouter notre corps. Pourtant, lui n’a jamais cessé de s’exprimer.

Lorsque nous nous éloignons de nos sensations, nous nous éloignons aussi des informations qu’elles portent : nos besoins, ce qui nous affecte, ce qui compte pour nous ou encore les ajustements qui pourraient nous faire du bien. Apprendre à écouter son corps, c’est simplement renouer avec cette capacité naturelle qui a toujours été présente.

Nos sensations : ce langage du corps que nous n’avons jamais appris

Les six grandes familles de sensations corporelles

Pour faciliter l’apprentissage de l’écoute du corps, je regroupe les sensations corporelles en six grandes familles.

Cette classification m’est propre. Elle est issue de mes observations et de mon expérience. Elle n’a pas vocation à être une vérité universelle, mais plutôt un repère permettant de mieux comprendre la richesse des informations que les sensations peuvent véhiculer.

1. Les sensations liées à nos besoins physiologiques

Certaines sensations indiquent qu’un besoin physiologique n’est pas satisfait ou qu’il vient de l’être.

Par exemple :

    • la faim ;
    • la soif ;
    • la fatigue ;
    • le besoin d’air ;
    • le besoin d’aller aux toilettes ;
    • la satiété.
Sensation

Ces sensations participent au maintien de notre équilibre physique et nous invitent à répondre aux besoins essentiels du corps.

2. Les sensations liées à l'état du corps physique

D’autres sensations sont liées à l’état même du corps. Elles peuvent apparaître lorsqu’une partie du corps est fragilisée, blessée, irritée ou en cours de transformation.

Par exemple :

    • une fracture ;
    • une tension musculaire ;
    • une inflammation ;
    • une maladie ;
    • un changement hormonal.
Sensation

Ces sensations attirent notre attention sur un aspect du corps qui mérite parfois un soutien, du repos, un changement d’alimentation, du mouvement, ou encore un accompagnement médical.

3. Les sensations qui indiquent que quelque chose qui compte pour nous est affecté

Certaines sensations apparaissent lorsque quelque chose qui compte pour nous est menacé, compromis ou touché.

Cela peut concerner :

    • une relation ;
    • un projet ;
    • notre sécurité ;
    • notre liberté ;
    • notre santé ;
    • ou tout autre élément précieux à nos yeux.
Sensation

Ces sensations accompagnent souvent ce que nous appelons les émotions inconfortables : peur, colère, tristesse, frustration, inquiétude…

Mais elles peuvent aussi être présentes sans émotion identifiable.

4. Les sensations qui indiquent que quelque chose qui compte pour nous est présent

À l’inverse, certaines sensations apparaissent lorsque nous vivons quelque chose qui nous nourrit, nous soutient ou nous fait du bien.

Elles accompagnent souvent ce que nous appelons les émotions agréables (joie, plaisir, gratitude, amour, …).

Elles nous indiquent généralement qu’un aspect important pour notre épanouissement est présent.

Sensation

5. Les sensations qui indiquent qu'il reste quelque chose à explorer ou à comprendre

Certaines sensations, souvent inconfortables mais assez discrètes, apparaissent lorsque notre vision d’une situation n’est pas encore complète ou juste.

Elles donnent parfois l’impression qu’un élément important nous échappe. Comme si notre corps nous indiquait : « Il y a encore quelque chose à regarder ici. ». 

pas juste

Ces sensations annoncent généralement qu’une nouvelle perspective est possible ou qu’une compréhension plus large est disponible.

6. Les sensations qui indiquent une forme de justesse ou de pertinence

Certaines sensations signalent qu’une idée, une décision, une compréhension ou une direction est particulièrement juste pour nous. Elles sont souvent agréables et assez subtiles.

Elles peuvent prendre la forme :

    • d’une sensation d’ouverture ;
    • d’une impression d’espace ;
    • d’un frisson agréable.
juste

Une même sensation peut parler à plusieurs niveaux

Cette classification est utile pour mieux comprendre la richesse des informations que nos sensations peuvent nous transmettre. Cependant, il est important de ne pas la transformer en système rigide.

Une même sensation peut appartenir à plusieurs catégories simultanément.

Par exemple, une sensation dans les épaules peut indiquer qu’un muscle est tendu. Mais elle peut aussi être liée au fait que nous portons trop de responsabilités dans notre vie quotidienne et que nous avons du mal à demander de l’aide.

Dans ce cas, la sensation parle à la fois :

    • d’un aspect physique réel (la tension musculaire),
    • et d’un aspect plus existentiel (le sentiment de devoir tout porter seul·e).

Le corps ne compartimente pas toujours les informations.

Il superpose souvent plusieurs niveaux de lecture.

Une sensation peut ainsi contenir simultanément des aspects : physiologiques, émotionnels, existentiels. C’est précisément cette richesse qui rend l’écoute du corps si passionnante.

couches information

C’est l’une des raisons pour lesquelles je préfère éviter les interprétations rapides. Une sensation n’a pas de signification universelle. Son sens dépend toujours de la personne, de son histoire et du contexte dans lequel elle apparaît.

Notre corps sait plus que ce que nous croyons

Notre perception consciente est naturellement restreinte.

Au fil du temps, nous oublions certaines expériences, certains détails, certaines compréhensions. Nous ne gardons à l’esprit qu’une petite partie de tout ce que nous avons vécu.

Lampe

Notre corps conserve beaucoup plus d’informations que celles auxquelles nous avons accès consciemment. J’aime utiliser l’image d’une immense base de données intérieure.

Cette base de données contient notamment :

    • nos expériences passées ;
    • nos apprentissages ;
    • nos habitudes ;
    • nos besoins ;
    • nos conditionnements ;
    • nos désirs ;
    • nos rêves.
Base de données

Lorsqu’une situation nous touche ou nous met en difficulté, le corps dispose de beaucoup plus d’informations que ce que notre esprit conscient peut percevoir sur le moment.

Il pourrait contenir des informations concernant :

    • ce qui nous affecte réellement ;
    • pourquoi cela nous affecte ;
    • ce qui compte profondément pour nous ;

ainsi que d’autres informations pertinentes liées à cette situation.

base de données

Nous n’avons généralement pas accès directement à tout cela. Le volume d’informations est immense. Les sensations corporelles semblent alors jouer un rôle particulier. Elles servent de passerelles vers cette base de données intérieure.

Passerelle
Nos sensations ne sont pas seulement là pour nous signaler qu’il y a quelque chose d’important. Elles constituent une porte d’entrée vers des informations beaucoup plus vastes concernant notre vie et notre état.

Pour accéder à toutes les informations qu’une sensation porte, il ne suffit généralement pas de la remarquer. L’enjeu est de l’accueillir.

J’entends par là la ressentir tout en l’observant avec un regard neuf, doux et curieux, comme si nous la découvrions pour la première fois et que nous souhaitions sincèrement mieux la connaître. C’est cet espace sécurisant qui nous permettre de naviguer dans les informations portées par cette sensation.

Lorsque nous naviguons ainsi dans notre base de données intérieure, une grande partie du processus se déroule à un niveau inconscient.

Toutes les informations que nous traversons ne remontent pas nécessairement à notre esprit conscient.

Inconscient

Pourtant, il en ressort :

    • des perspectives nouvelles ;
    • des actions qui deviennent évidentes ;
    • un mieux-être ;
    • une compréhension plus large de ce que nous vivons.
Sensation

Nous allons voir un exemple concret pour mieux comprendre comment cela se déroule.

Un exemple concret pour illustrer cette richesse

Prenons l’exemple d’une sensation qui semble, au premier abord, uniquement liée à un déséquilibre physique, comme une inflammation.

J’ai remarqué qu’en accueillant ce type de sensation, certaines actions deviennent parfois évidentes et que le corps récupère souvent plus facilement, comme si ces actions correspondaient exactement à ce dont il avait besoin à ce moment-là.

Inflammation

Mon hypothèse est qu’en accueillant cette sensation, nous accéderions progressivement à une vision plus complète de la situation. Nous ne percevrions plus seulement la douleur ou l’inflammation elle-même.

Nous nous rapprocherions de toutes les informations dont le corps dispose à propos de cet état :

    • ce qui est impacté ;
    • ce qui lui manque ;
    • ce qui le déséquilibre ;
    • ce qui pourrait soutenir sa récupération.
état corps

Nous n’avons généralement pas accès consciemment à ces informations sous une forme détaillée ou analytique. Elles semblent plutôt se traduire par davantage de clarté.

Certaines actions deviennent alors naturelles :

    • consulter un professionnel de santé ;
    • prendre davantage de repos ;
    • ajuster son alimentation ;
    • modifier certaines habitudes de vie ;
    • ou mettre en place tout autre changement permettant au corps de retrouver un meilleur équilibre.
lampe

Pour illustrer cette idée, prenons un exemple.

Mon hypothèse est que lorsque nous mangeons un aliment, le corps enregistre les ressources qu’il reçoit et les associe à cet aliment. Si, à un moment donné, le corps manque d’éléments que le concombre lui a déjà apportés dans le passé, l’écoute du corps pourrait faire émerger l’évidence de manger du concombre.

Cet exemple sert simplement à illustrer l’idée suivante : lorsque nous accueillons une sensation, nous semblons nous rapprocher des solutions que le corps a déjà enregistrées au fil de nos expériences.

Dès qu’une douleur est inhabituelle, persistante ou préoccupante, la priorité reste toujours de consulter un professionnel de santé et de suivre ses recommandations. L’accueil des sensations intervient uniquement en complément de cet accompagnement, jamais en substitution.

Cette même sensation pourrait parler d’autre chose simultanément.

Au fil du processus, il pourrait apparaître que cette sensation ne parle pas seulement de l’état du corps. Elle pourrait également être liée à quelque chose qui compte dans notre vie.

Par exemple, elle pourrait nous parler d’un désir profond : celui d’écrire un livre. Un projet qui compte réellement pour nous, mais qui semble inaccessible.

écriture

Nous découvrons alors qu’il existe un conflit intérieur entre :

    • l’envie d’écrire ;
    • et quelque chose qui nous empêche encore de le faire.

En continuant d’accueillir cette même sensation, nous pouvons progressivement accéder à l’ensemble des informations que le corps a enregistrées autour du fait d’écrire et de la peur qui y est associée.

loupe

Par exemple :

    • les expériences qui ont participé à construire notre peur de l’écriture ;
    • les situations où écrire s’est bien passé ;
    • l’importance réelle que ce projet a pour nous.

Nous allons alors notamment revisiter les expériences qui ont participé à construire cette peur avec davantage de recul et à un niveau inconscient.

Imaginons par exemple qu’au lycée, nous ayons écrit une dissertation de philosophie dont nous étions fier·e. Lors de la remise des copies, le professeur nous a fait venir devant la classe, a lu certains passages à voix haute et s’est moqué de nous.

Cette expérience a été profondément blessante.

école

Depuis ce jour, notre corps a associé le fait d’écrire quelque chose de personnel au danger ou au désagréable.

En accueillant la sensation, nous ne revisitions pas seulement cet événement difficile. Nous y revenons avec une vision beaucoup plus large.

Nous avons accès en parallèle à tout ce que le corps a enregistré à propos du fait d’écrire : les moments où nous avons été compris, appréciés ou soutenus, les textes que nous avons aimé rédiger, les situations où écrire nous a fait du bien, ainsi que tout ce que ce projet représente réellement pour nous aujourd’hui.

L’expérience difficile n’est alors plus observée de manière isolée. Elle est replacée dans un ensemble beaucoup plus vaste d’informations. C’est comme si nous la regardions en dézoomant. Au lieu de nous appuyer uniquement sur l’expérience qui a créé la peur, nous tenons compte de tout ce qui a été vécu autour du fait d’écrire.

Cette vision plus complète semble permettre au corps de remettre davantage de cohérence dans ce qu’il a enregistré.

Certaines associations au danger ou au désagréable, construites à partir d’une expérience particulière, ne semblent plus aussi pertinentes lorsqu’elles sont réexaminées à la lumière d’un ensemble plus vaste d’informations.

réécriture

Elles peuvent alors se réorganiser. Ce qui est réellement dangereux continue d’être reconnu comme tel, tandis que d’autres éléments retrouvent une place plus juste dans notre base de données intérieure.

Dans notre exemple, le fait d’écrire ne sera plus associé au désagréable ou au danger.

La peur qui accompagnait l’écriture diminue progressivement, jusqu’à disparaître durablement. Ce qui semblait auparavant difficile, risqué ou inaccessible devient plus fluide et plus naturel.

Plus largement, j’ai observé que l’accueil des sensations permet souvent à de nombreuses peurs de disparaitre durablement, à certains freins de se lever et à des actions importantes pour nous de devenir plus évidentes. Nous avançons alors plus facilement vers ce qui compte réellement pour nous, avec davantage de sérénité, de clarté et de cohérence. Et cela contribue à renforcer notre joie de vivre.

Le corps a sa propre logique

Le corps enregistre les expériences sans nécessairement les comprendre

Mon hypothèse est que le corps enregistre continuellement une immense quantité d’informations issues de tout ce que nous vivons.

Mais la manière dont il les organise ne suit pas forcément ce que nous appelons un “bon sens” logique ou rationnel.

logique corps

Lorsqu’une expérience se produit, il semble enregistrer tout ce qui est présent à ce moment-là :

    • les personnes ;
    • le lieu ;
    • les objets ;
    • les odeurs ;
    • les sons ;
    • les sensations ;
    • les pensées.
associations corps

Le corps enregistre les expériences sans nécessairement les comprendre.

Pour bien intégrer cela, prenons un exemple. Une personne est victime d’un accident de voiture à une intersection.

Au moment de l’accident, de nombreux éléments sont présents simultanément :

    • la voiture ;
    • l’intersection ;
    • le lieu ;
    • les bruits de circulation ;
    • certaines odeurs ;
    • les sensations physiques et émotionnelles provoquées par l’accident.
accident voiture

Mon hypothèse est que le corps semble enregistrer tous ces éléments et les associer entre eux.

Il ne distingue pas, à cet instant, ce qui est réellement à l’origine du danger ou de la souffrance ressentie, de ce qui est simplement présent autour de lui.

Il va créer des liens entre tous ces éléments et les sensations désagréables.

Ainsi, le corps pourrait associer au désagréable ou au danger :

    • la voiture ;
    • les intersections ;
    • le lieu ;
    • certains sons ;
    • certaines odeurs.
Associations

Pourtant, aucun de ces éléments n’est nécessairement responsable de l’accident. L’intersection n’est pas dangereuse en elle-même. La voiture non plus.

Mais parce qu’ils étaient présents au moment de l’événement, ils ont été enregistrés avec les sensations désagréables.

Plus tard, le simple fait de repasser à cette intersection, de reprendre la voiture, ou parfois même d’entendre un bruit similaire, peut alors réveiller une sensation d’inconfort, de peur ou d’insécurité.

Ce n’est pas un dysfonctionnement du corps. C’est simplement la manière dont le corps semble avoir enregistré l’expérience.

Le même phénomène peut apparaître dans de nombreuses situations. Après une humiliation, un lieu peut devenir inconfortable. Après une rupture difficile, une chanson peut devenir douloureuse à écouter. Après une expérience particulièrement désagréable, une odeur, un vêtement ou même un ton de voix peuvent déclencher une réaction importante sans que nous comprenions immédiatement pourquoi.

Le corps réagit en fonction des associations qu’il a construites au fil de nos expériences.

Peur

Le mental ne suffit pas toujours à modifier ce qui a été enregistré

Nous avons probablement tous vécu des situations comme celles-ci :

    • « Je sais qu’il n’y a aucun danger, mais j’ai peur quand même. »
    • « Je sais que je pourrais le faire, mais quelque chose me bloque. »
    • « J’ai profondément envie de faire cela, pourtant je n’y arrive pas. »

Dans ces situations, nous comprenons souvent très bien les choses sur le plan intellectuel. Nous sommes capables d’analyser la situation, d’identifier l’origine de nos peurs ou de nos blocages, et parfois même de savoir exactement quoi faire.

Pourtant, cette compréhension ne suffit pas à modifier ce que le corps a enregistré.

mental

Une personne peut savoir que prendre la parole en public n’est pas dangereux et continuer malgré tout à ressentir une peur intense. Une autre peut comprendre qu’elle a le droit de poser ses limites et continuer à avoir du mal à dire non. Nous pouvons même connaître l’origine d’un blocage depuis des années sans parvenir à le dépasser.

C’est comme si deux niveaux coexistaient en nous. D’un côté, notre esprit comprend la situation et sait qu’il n’existe plus de danger réel. De l’autre, le corps continue de réagir à partir de ce qu’il a appris au fil de nos expériences.

Cette différence entre ce que nous comprenons et ce que nous ressentons est l’une des observations qui m’ont amenée à m’intéresser davantage au corps.

Mon observations montrent que, puisque certains blocages semblent être liés à la manière dont le corps a enregistré nos expériences, il est important de travailler également avec lui.

Plusieurs manières de modifier les associations du corps

Pour que les associations du corps deviennent plus pertinentes, plusieurs voies semblent possibles. L’une des plus connues est l’exposition.

Dans l’exemple de l’accident, cela consiste à reprendre progressivement la voiture malgré la peur. À mesure que les trajets se déroulent sans problème, le corps enregistre de nouvelles expériences qui contrebalancent le poids de l’association entre la voiture et le danger / désagréable.

conduire

Petit à petit, la voiture cesse d’être associée au désagréable ou au danger. Cette approche fonctionne assez bien. Elle demande généralement du temps et de nombreuses expériences répétées.

L’écoute du corps emprunte une autre voie, plus facile et plus rapide. Au lieu de modifier progressivement les associations grâce à de nouvelles expériences, elle permettrait d’accéder directement aux informations déjà présentes dans la base de données intérieure et de les modifier.

C’est là qu’intervient l’hypothèse centrale de ce document.

écriture base de données

Comment l'écoute du corps restructure les associations

Ce que je vais exposer dans cette partie est ma propre théorie. C’est celle qui me paraît aujourd’hui la plus cohérente au regard de mes observations, et de mes recherches.

Je ne peux pas affirmer avec certitude que l’écoute du corps fonctionne exactement ainsi. Mais elle me semble expliquer de manière cohérente ce que j’observe lorsque des sensations sont accueillies.

J’aime utiliser l’image d’un dézoom.

Habituellement, lorsque nous pensons à une expérience difficile, nous la regardons à travers ce qui nous a marqué ou fait souffrir. Notre attention reste centrée sur une petite partie de l’ensemble.

dezoom

En accueillant la sensation, c’est comme si nous prenions progressivement du recul. Nous ne regardons plus seulement l’événement lui-même. Nous avons aussi potentiellement accès à toutes les informations déjà enregistrées concernant chacun des éléments qui composent cette expérience.

Reprenons l’exemple de l’accident de voiture. Nous ne revisitons plus uniquement le moment de l’accident. Nous avons également accès à toutes les expériences déjà enregistrées concernant chacun des éléments qui y étaient associés.

Par exemple :

    • toutes les fois où la voiture n’était pas dangereuse ;
    • toutes les fois où nous avons traversé une intersection sans qu’il ne se passe rien ;
    • tous les trajets qui se sont bien déroulés.
content

L’expérience n’est alors plus regardée à travers le seul prisme de l’accident. Elle est regardée à la lumière de tout ce que nous avons vécu concernant chacun des éléments qui la composent.

Cette vision plus complète semble permettre au corps de remettre davantage de cohérence dans ce qu’il a enregistré. Certaines associations au danger ou au désagréable, construites à partir de cette expérience particulière, ne paraissent alors plus aussi pertinentes. Elles se réorganisent progressivement.

Peu à peu, ce qui est réellement dangereux reste identifié comme tel, tandis que ce qui ne l’est pas cesse d’être vécu de la même manière.

Ainsi, une personne qui ressentait auparavant une forte peur à l’idée de reprendre la voiture peut progressivement retrouver davantage de calme et de confiance.

calme

Plus largement, j’ai observé que l’accueil des sensations permet souvent à de nombreuses peurs de diminuer durablement, à des blocages de se relâcher et à des actions importantes pour nous de redevenir naturelles. Nous avançons alors plus facilement vers ce qui compte réellement pour nous, avec davantage de sérénité, de clarté et de cohérence.

Cette théorie s’est construite progressivement à partir de mes observations. Au fil des années, j’ai remarqué qu’en accueillant certaines sensations corporelles, des informations complémentaires concernant une situation devenaient parfois accessibles.

Par exemple, il arrive que :

    • certains souvenirs remontent ;
    • certaines prises de conscience apparaissent ;
    • des contre-exemples deviennent accessibles ;
    • certaines actions deviennent évidentes ;
    • ou encore que nous ne voyions plus certaines expériences passées de la même manière.

J’ai également observé que, même lorsqu’aucune information ne remontait clairement à la conscience, des changements significatifs se produisaient. Des peurs disparaissaient, des blocages se relâchaient. Certaines situations devenaient plus simples à vivre.

Ces observations m’ont progressivement amenée à formuler l’hypothèse développée dans ce chapitre.

J’ai également retrouvé des observations similaires dans le Focusing, une approche développée dans les années 1960 par le psychologue et philosophe Eugene Gendlin.

Lui aussi avait observé qu’en restant en contact avec une sensation corporelle, certaines informations pouvaient devenir accessibles et transformer la manière dont une personne vivait une situation.

Je ne reprends pas exactement son modèle explicatif. En revanche, ses travaux ont contribué à nourrir ma réflexion et à renforcer mon intérêt pour les sensations corporelles.

L'écoute du corps : relier l'esprit et le corps

L’écoute du corps consiste finalement à permettre à l’esprit et au corps de travailler ensemble.

corps et esprit

L’esprit apporte sa capacité de mise en perspective sur les données enregistrées. Le corps apporte l’accès à une quantité beaucoup plus vaste d’informations enregistrées au fil de notre vie.

Lorsqu’ils collaborent, nous gagnons souvent en clarté, en sérénité, en cohérence et en liberté d’action.

Dans le chapitre suivant, nous allons maintenant voir plus concrètement ce qui peut se passer lorsque nous accueillons nos sensations dans différentes situations de la vie quotidienne.

💫 Cette page contient des extraits des documents que je partage dans le cadre de l’accompagnement Parcours autonomie.

Ils donnent un premier aperçu de la manière dont j’aborde l’écoute du corps et des observations qui ont nourri ma réflexion. Au sein du parcours, les explications sont développées plus en profondeur et l’aspect pratique occupe une place importante.

Aller plus loin avec un accompagnement

Lorsque l’on apprend à écouter son corps et à accueillir nos sensations, un nouveau chemin s’ouvre : plus de sérénité, plus de clarté, plus de joie de vivre.

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